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Moyen-Orient : Israël aurait voulu frapper l’Iran
publié le mardi 19 août 2008

Vivien Vergnaud
 
Le quotidien israélien Haaretz a révélé mercredi 13 aoûtqu’Israël aurait planifié une attaque contre les installations nucléaires iraniennes. Mais les Etats-Unis ont fait avorter l’opération en refusant d’apporter une aide militaire à leurs alliés. Pour George Bush, tout doit se jouer sur le terrain diplomatique. En contrepartie, Washington aidera Israël à améliorer son arsenal de défense.

Israël était prêt à attaquer l’Iran. En mai, l’Etat hébreu était même à un stade "avancé" dans ses préparatifs pour une opération militaire contre Téhéran. Il ne manquait que l’aide des Etats-Unis. Mais l’administration américaine n’a jamais apporté son feu vert. C’est ce qu’affirme le quotidien israélien Haaretz en "Une" de son édition de mercredi. Dans cet article, qui ne cite jamais ses sources, on apprend qu’Israël souhaitait que George Bush lance une attaque sur les installations nucléaires iraniennes avant la fin de son mandat, en janvier 2009. Mais la volonté du président américain d’accroître la pression diplomatique sur Téhéran a achevé de convaincre les officiels israéliens qu’aucune opération militaire ne serait mise en oeuvre avant la fin de l’année.

Une opération dans les mois à venir

Alors, l’Etat hébreu a choisi de prendre les devants et de tester la température. En mai, au cours d’une visite officielle de Bush à Jérusalem, le président américain a eu une "réunion privée" avec le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, et le ministre de la Défense, Ehoud Barack, révèle le quotidien. Au menu : la menace iranienne. Le gouvernement hébreu explique à George Bush ses velléités militaires. Olmert et Barack demandent à leur allié une aide militaire matérielle et un soutien diplomatique. De retour dans son pays, Bush et ses conseillers étudient la requête. Tous en concluent que l’Etat hébreu a planifié une opération dans les mois à venir.

La réponse est simple mais ferme : non, disent les Américains. Les précisions viennent quelques temps plus tard, en juin. Les membres du cabinet d’Ehoud Barack rencontrent les chefs du renseignement américain qui les mettent en garde et refroidissent leurs ardeurs : l’Iran est loin d’avoir achevé son programme militaire, l’opération a peu de chance de détruire les installations iraniennes et elle irait à l’encontre des intérêts de Washington. De toute façon, expliquent les officiels américains, ils n’autoriseront jamais Israël à survoler l’Irak pour aller bombarder l’Iran.

De l’armement en contrepartie

Tout devra se passer sur le terrain diplomatique. Mais Israël ne croit pas à la mise en oeuvre de sanctions effectives et réellement contraignantes de l’ONU contre l’Iran. Pour l’Etat hébreu, une telle issue est impossible avec la présence de la Russie et de la Chine au sein du Conseil de sécurité. Israël a dit à plusieurs reprises aux Américains qu’il fallait mettre de côté les différents dossiers dans lesquels ils s’opposent à Moscou (comme la mise en place de missiles en Pologne afin de réaliser le fameux bouclier anti-missiles). Ainsi, la Russie pourrait peut-être se ranger du côté de Washington à propos des Iraniens.

Encore manqué, l’administration Bush a une nouvelle fois rejeté les demandes israéliennes. En outre, les relations russo-américaines et israélo-russes se sont fortement tendues depuis la crise en Géorgie, un allié que l’Etat hébreu fournit en armement. En contrepartie, les Etats-Unis offrent quelques cadeaux aux Israéliens : une aide à l’amélioration de la défense israélienne contre les missiles sol-sol, une connexion au système américain de surveillance par satellites, la vente de neuf avions de transport de troupes Super-Hercules, etc.

Interrogé sur la radio de l’armée israélienne mercredi, le ministre de la Défense Ehoud Barack n’a pas démenti les informations révélées par Haaretz, sans pour autant les confirmer. Candidat déclaré à la succession d’Olmert, il a expliqué que "les Américains n’étaient pas prêts à nous laisser attaquer l’Iran". "Pour l’heure, il faut que le processus diplomatique progresse, mais il y a beaucoup d’options. Israël est un pays fort et il vaut mieux ne pas en parler", a-t-il ajouté. Pour lui et son gouvernement, l’Iran représente une "menace à l’ordre international" et les Etats-Unis partage l’idée avec Israël qu’"aucun recours ne devrait être écarté", a conclu le ministre de la Défense. Pas même celui à une attaque directe.

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