Accueil >> Informations >> Actualités >>
Israël : Risque calculé
publié le jeudi 30 octobre 2008

Christian Merville
 
Livni vient de se résoudre à ce qui semblait, dès le départ, inéluctable : des élections anticipées, dans un délai de quatre-vingt-dix jours, pour tenter de sortir Israël d’une crise dont nul pour l’heure ne voit l’issue

Harcelé par la justice qui lui reproche une fâcheuse propension à confondre cassette personnelle et deniers publics, Ehud Olmert n’est plus que l’ombre du sémillant Premier ministre de ces deux dernières années, incapable même d’expédier les affaires courantes, tout occupé qu’il est à tenter désespérément de régler les siennes.

Droite dans ses bottes de Madame Propre au point d’avouer son allergie à toute concession sur son agenda politique, Tzipi Livni vient de se résoudre à ce qui semblait, dès le départ, inéluctable : des élections anticipées, dans un délai de quatre-vingt-dix jours, pour tenter de sortir Israël d’une crise dont nul pour l’heure ne voit l’issue tant gargantuesques sont les appétits, nombreux les appelés et rares les élus.

Tout cela dans un paysage d’où, depuis la brutale éclipse d’Ariel Sharon, n’émerge aucune figure réellement nationale, susceptible en ces temps de confusion d’imposer des choix, douloureux pour la plupart.

Peu de temps avant ce dimanche soir, quand la ministre sortante des Affaires étrangères, lasse d’avoir à naviguer en eaux troubles, a abattu sa dernière carte, l’opinion publique et les observateurs étrangers continuaient à échafauder des constructions plutôt bizarroïdes. Pensez donc, Israël s’apprêtait à devenir l’unique État dont les trois grandes branches allaient être dirigées par des femmes : Dalia Itzik à la Knesset, Dorit Beinish à la Cour suprême et la (lointaine) succession de Golda Meir paraissant revenir à la candidate désignée.

C’était oublier la mine placée la semaine dernière au beau milieu de la voie par le chef du gouvernement sortant. « Les Israéliens rêvent, confiait-il alors au Yediot Aharonot, s’ils croient conclure la paix avec les Palestiniens sans en payer le prix. » Et le prix, selon lui, c’était un retrait de la majeure partie de la Cisjordanie, l’abandon du secteur oriental de Jérusalem et le retour du Golan à la Syrie. C’était là un cadeau empoisonné à celle qui, jusqu’à présent, se garde soigneusement d’avancer la moindre allusion à un possible règlement et refuse systématiquement de se prêter au chantage.

L’autre bombe à retardement, on la doit à Ehud Barak – qui serait mieux à sa place au ministère de la Défense plutôt qu’à la présidence du Conseil, à en croire jusqu’à ses proches collaborateurs –, qui s’est dépêché de rencontrer Benyamin Netanyahu dans les premiers jours des consultations, histoire de faire preuve d’un semblant d’indépendance vis-à-vis de son alliée au sein de la coalition au pouvoir et future numéro un et de lui montreur que son appui était loin de lui être acquis.

Le troisième chausse-trappe est l’œuvre du Shass, une formation ultraorthodoxe composée de mizrahis (juifs originaires du Moyen-Orient) et dont les députés – ils sont au nombre de douze dans la présente législature – n’ont cessé ces vingt dernières années de représenter l’indispensable apport à toute majorité requise. Rappelées par le porte-parole du parti, Roy Lahmanovitch, à l’issue d’une réunion présidée par le rabbin Ovadia Yossef, leurs conditions tiennent en deux points : rétablissement de l’aide aux familles nombreuses, lesquelles représentent le gros des effectifs du parti ; refus de toute négociation sur le sort de la partie est de la capitale.

Longtemps femme de l’ombre – elle a servi au sein du Mossad –, Livni n’est pas du genre à laisser traîner les choses. Elle a donc rendu son tablier, après avoir proclamé son « refus de céder au chantage » et jeté l’anathème sur « ceux qui tentent de détruire notre unité », dans une claire allusion au chef du Likoud.

Les chances de celui-ci de l’emporter lors de la consultation populaire à venir ne sont pas négligeables, l’électeur pouvant être tenté de se tourner vers lui en ces temps de crise économique et de sa réputation, quelque peu usurpée, de grand argentier. Malheureusement pour lui, les défenseurs du libéralisme, principale cause de l’actuel krach, n’ont pas très bonne réputation ; de plus, nul n’a oublié les frasques de son épouse alors qu’il présidait aux destinées du pays.

Résultat ? Le dernier sondage du quotidien Maariv place Kadima à quatre sièges du Likoud alors que l’écart représentait le double de ce chiffre il y a seulement deux semaines.

Quelle que soit l’issue du scrutin, la principale victime en sera cet Annapolis-II, initialement prévu pour le mois prochain en Égypte, mais dont il est d’ores et déjà possible d’établir le constat de décès. En effet, la transition aux États-Unis interviendra le 20 janvier, un mois qui verra le Palestinien Mahmoud Abbas céder la place à un successeur dont, pour l’instant, on ne connaît pals l’identité. Tout comme on ne sait rien du verdict qui sortira des urnes israéliennes.

La conjoncture, dirait un astrologue, n’inspire guère l’optimisme. Mais aussi c’est là un sentiment qui n’a jamais animé les deux protagonistes du plus long conflit de l’histoire contemporaine.

imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



Sur le même sujet :

Gilles Paris | 10 décembre 2008

Uri Avnery - 29 novembre 2008 | 9 décembre 2008

Catherine Dupeyron | 27 novembre 2008

Rouge | 2 novembre 2008

Frédérique Misslin | 29 octobre 2008

Catherine Monnet | 26 octobre 2008

Association pour les Droits du Citoyen en Israël | 17 octobre 2008

Uri Avnery - 4 octobre 2008 | 15 octobre 2008

L’Orient le Jour | 14 octobre 2008

Actualités :

Yossi Sarid - Haaretz | 5 janvier 2009

entretien avec Leila Shahid | 5 janvier 2009

Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens | 5 janvier 2009

Alain Campiotti | 5 janvier 2009

Amel Blidi | 5 janvier 2009

le NouvelObs, Libération et AFP | 5 janvier 2009

AFPS | 4 janvier 2009

L’Orient le Jour | 4 janvier 2009

Sakher Abou el Oun | 4 janvier 2009

CL, MP | 4 janvier 2009


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.